À l’École Saint-Gabriel-Lalemant, deux professionnelles occupent un rôle profondément humain. Hélène Desrosiers et Mélissande Fraser, techniciennes en éducation spécialisée, accompagnent chaque jour des élèves plus vulnérables. Leur travail ne se limite pas à intervenir en cas de crise : elles bâtissent des relations, instaurent un climat sécurisant et contribuent au développement social et émotionnel des enfants, un geste à la fois.
Deux parcours, une même vocation
Pour Mélissande, la voie s’est dessinée très tôt : « J’ai toujours su que je voulais être éducatrice spécialisée depuis que j’ai 14-15 ans. Le métier, c’est de trouver des solutions… c’est toujours ça que j’ai voulu faire. »
Hélène, elle, ressent depuis longtemps le besoin de redonner ce qu’on lui a offert plus jeune : « J’ai eu un parcours un peu plus difficile… J’ai eu l’aide d’une TES du Centre de services scolaire ici qui m’a aidée à affronter mes défis. Ça m’a donné envie d’aider les gens. »
Ces deux trajectoires personnelles nourrissent une approche profondément empathique. Pour elles, accompagner un enfant, c’est aussi reconnaître son histoire.
Leur journée débute bien avant la cloche du matin. Mélissande décrit ce rituel essentiel :
« J’arrive avant que les enfants arrivent pour placer le local, m’assurer que tout est là… Parfois, j’ai des petits messages de parents… Ensuite je vais dans la cour pour accueillir nos cocos. Quand je suis capable d’éviter des crises dans une journée, je trouve que c’est une journée réussie ! »
Dès l’accueil du matin, leurs interventions prennent racine : écoute, repérage, prévention. Rien n’est laissé au hasard.
Prévenir plutôt qu’intervenir
Elles misent notamment sur la méthode check-in/check-out, une façon de prendre le pouls des élèves régulièrement plusieurs fois par jour. Hélène explique : « On est vraiment là avec nos élèves un peu plus fragiles… On leur pose des questions pour savoir où ils sont dans leur tête et dans leurs émotions pour être capables de faire de la prévention tout au long de la journée. »
Cette approche permet de saisir les premières manifestations d’un malaise avant qu’il ne se transforme en crise. Une présence constante, attentive, qui rassure les élèves et leur offre une stabilité dont ils ont souvent grand besoin.
Intervenir autrement : détourner, jouer, apaiser
Lorsqu’une crise survient malgré tout, Hélène et Mélissande possèdent une trousse d’outils riche et créative pour la désamorcer. « Bien souvent, la diversion… faire en sorte que l’élève pense à autre chose pendant un instant, ça va aider à sa collaboration avec nous. Plus tard, on va essayer de gratter un peu plus ce qui s’est passé », raconte Hélène.
Le jeu occupe aussi une place importante dans leurs interventions. Mélissande en témoigne :
« Le médium du jeu fonctionne vraiment beaucoup… Toutes ces tactiques-là, c’est dans le but de changer l’état d’esprit de l’enfant pour éventuellement l’amener à s’ouvrir à nous. »
Leur rôle ne se limite donc pas à éteindre les feux. Elles enseignent, guident, modèlent des comportements positifs. « Notre travail, ce n’est pas de chicaner les enfants ou d’être en désamorçage de grosse crise. Avant tout, on essaye de leur enseigner des habiletés », précise Mélissande.
Des résultats qui prennent du temps, mais qui marquent une vie
Pour elles, la progression n’est pas nécessairement instantanée. Hélène le résume en une métaphore éloquente : « Souvent le résultat, on ne l’obtient pas immédiatement… C’est un peu comme des mathématiques. Tu as besoin d’exercice pour devenir un bon mathématicien. Le comportement, c’est la même chose. »
Mais les années leur donnent le privilège rare de voir les fruits de leurs efforts : « On voit l’évolution de nos élèves d’année en année. » Et lorsqu’un enfant fait un pas vers elles, vers la confiance, vers un nouveau comportement, tout prend son sens : « Un élève qui vient, une réussite, c’est notre récompense. » dit Hélène. « Et on va s’adapter à chaque élève… La réussite d’un peut être différente de celle de l’autre », ajoute Mélissande.